Conservation
La pratique de la conservation
dans le contexte de sites historiques
Travailler sur une site historique relève davantage de la chirurgie que de la création. Ceci est d'autant plus vrai que l'on travaille sur un sujet aussi vivant qu'un paysage. Un paysage historique - jardin, parc public, campus universitaire, tissu urbain dense - au-delà de sa valeur artistique, est un précieux témoignage de notre identité et de l'évolution de la relation à notre environnement au fil des siècles. Il est une clé essentielle pour la compréhension de notre histoire, même si, dans nos efforts de le préserver, nous ne faisons parfois que détruire la vitalité qui les rendait extraordinaires.
Le travail de conservation des paysages historiques consiste à trouver un équilibre entre deux impératifs : préserver la vitalité du site et protéger les vestiges de sa mémoire, tout en révélant son histoire à un plus large public, et, si nécessaire, l'adapter à de nouveaux usages.
Il ne s'agit pas d'aller à l'encontre de l'évolution naturelle du jardin ou du dynamisme du paysage, ni de reconstituer un site à l'image de son passé, mais plutôt de révéler l'essence de chaque site, ses anciens usages, et les idées qu'il représente, tout en gardant intactes sa poésie et sa vitalité. Le but est de respecter et préserver cette magnifique sensation de découverte lorsque l'on explore un paysage anachronique - au sens noble du terme.
Qu'est-ce qu'un
site de conservation?
Un « site de conservation » représente beaucoup plus qu'une certaine quantité de terre, de plantes et de structures existantes quelque part dans le monde. Un site embrasse l'ensemble des souvenirs, textes et images qui lui sont attachés, aussi bien que l'image qu'il donne de son passé, les vies et expériences des personnes qui y ont vécu.
A chaque site ses propres besoins : une approche basée sur l'identité historique d'un lieu n'est peut-être pas appropriée pour un site dont l'usage actuel diffère largement de son passé. Dans d'autres cas, lorsque des éléments ont survécus à l'état fragmentaire, une approche plus critique et abstraite peut avoir plus de sens. Enfin, lorsqu'une documentation suffisante existe pour rendre compte du site tel qu'il fut, il peut être opportun de travailler sur l'évocation de certains éléments manquants de la composition du paysage historique. Chaque site et chaque projet exigent une approche réfléchie.
Je suis personnellement moins intrigué par les sites qui nous sont parvenus dans un état parfait et un peu statique par rapport jour où ils ont été construits. Compte tenu du caractère changeant d'un paysage, de tels sites ont plus souvent trait à la mythologie qu'à la réalité. Les sites les pus intéressants sont ceux dont l'abandon nous révèle lentement leur passé et leur caractère, qui sont passés au fil du temps par différents usages et propriétaires et témoignent de notions différentes de la nature et de notre place en son sein.